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  • Corinne LEPAGE

Écologie républicaine et Énergie

La question de l’énergie revient en force dans le débat public pour deux raisons :


• d’une part, la hausse astronomique du prix du gaz et l’électricité qui constitue une bombe sociale à retardement que le gouvernement essaye de limiter en raison de l’échéance présidentielle proche ;

• d’autre part, le lobbying et la propagande faite en France et en Europe par le lobby nucléaire pour, à contre-courant de ce qui se passe dans le monde et en particulier en Europe, imposer la construction de nouvelles centrales nucléaires EPR, détruire tout soutien aux énergies renouvelables de la part de l’opinion publique et obtenir de faire classer le nucléaire parmi les investissements durables ce qui n’est pas possible si on applique les critères de la taxonomie européenne.


Cette double stratégie est en réalité suicidaire à terme et tourne le dos aux principes républicains et contrairement à ce qui est souligné à l’indépendance nationale.

Elle est suicidaire parce qu’en réalité elle continue à ne pas bien poser le problème. D’une part, une forme de blocage des prix ne résout rien et s’inscrit en réalité dans la campagne présidentielle. Certes, la facture des Français est relativement limitée dans sa hausse mais, si la politique actuelle continue, c’est un coup d’épée dans l’eau.


L’envolée des prix du gaz et de l’électricité est liée à la forte demande sur les marchés mondiaux mais cela n’explique pas tout. Le refus de la France pendant des décennies de mettre en place des politiques d’économie d’énergie et de de sobriété énergétique a pour conséquence de faire consommer à un ménage français 35 % de plus d’électricité qu’un ménage allemand. Dès lors, le premier sujet est celui de la sobriété énergétique et de permettre de manière beaucoup plus massive comme le fait actuellement de réduire les besoins. Mais, ce n’est évidemment pas l’intérêt d’EDF qui vend l’électricité nucléaire même si sa part s’est considérablement réduite (de 75 à 67 % en 2020) la ramenant au niveau de 1984. Les campagnes violentes menées contre les éoliennes et les règles très strictes mises au développement des énergies renouvelables et en particulier de l’autoconsommation collective ajoutées aux difficultés majeures que créent les exploitants de réseaux pour les raccordements nous ont fait prendre un retard abyssal dans le développement de l’autonomie énergétique de nos concitoyens. En Allemagne, 50 % de l’électricité est fournie par les collectivités locales et les citoyens. C’est un moyen de développement territorial remarquable et une vraie autonomie qui réduit considérablement la dépendance à l’envolée des prix mondiaux. De plus, l’acceptabilité n’a rien à voir lorsqu’un projet est mené localement par les élus et les populations et lorsqu’il est imposé.


En terme d’indépendance énergétique, le nucléaire ne répond pas du tout à ce critère. D’une part il faut acheter de l’uranium et cela nous conduit à devoir nous impliquer dans des conflits destinés en partie à maintenir les capacités d’Orano de rechercher ce minerai. D’autre part, malheureusement nous avons perdu notre savoir-faire et les équipes françaises ne sont plus en capacité, seules, de mener à bien des projets de l’envergure d’un EPR. En revanche, l’eau, le soleil ,le vent nous appartiennent et si effectivement les matières premières nécessaires à la fabrication des éoliennes ou des panneaux solaires ne se trouvent pas en France (c’est également le cas pour les puces électroniques), nous pourrions développer dans le cadre de l’économie circulaire des filières destinées précisément à récupérer toutes ces matières précieuses et permettant ainsi de créer nos propres filières industrielles qui à ce jour restent extrêmement modestes.


Enfin, le nucléaire est une énergie extrêmement coûteuse aujourd’hui et on ne peut que s’interroger sur une politique qui consiste à privilégier l’énergie bas carbone la plus coûteuse en pensant qu’elle sera la plus utilisée…


Ainsi, sans même aborder les questions des déchets, la sécheresse et de ses conséquences sur l’eau et donc sur le refroidissement des centrales, du démantèlement et surtout du risque d’accident, la réponse proposée n’est non seulement pas la bonne sur le long terme mais de surcroît ne permettent aucunement aux Français d’espérer réduire leur facture en réduisant leur consommation et en assurant leur propre pilotage énergétique.

Ainsi, contrairement à ce qui est affirmé à longueur de temps et de médias, la solution nucléaire à long terme n’est pas viable. Du reste le nucléaire a atteint un pic mondial en 1976 en termes de démarrage de construction de réacteurs et, la part du nucléaire dans le mix énergétique mondial ne cesse depuis lors de baisser.


Cette politique respecte – t -elle les principes républicains. Certes, on peut considérer qu’une certaine forme de fraternité est respectée par la péréquation tarifaire mais, la fin des tarifs réglementés en 2023 impose d’ores et déjà ,dès aujourd’hui ,de mettre en place des solutions qui permettront d’aider les plus modestes et d’assurer une certaine égalité sur le territoire. Or, seule l’énergie décentralisée permettrait d’atteindre cet objectif. S’agissant de la liberté, elle existe mais de manière relative dans la mesure où blocage exercé depuis une bonne dizaine d’années au développement des énergies renouvelables en France n’a pas permis comme dans le reste de l’Europe à tous ceux qui le souhaitaient de pouvoir s’organiser individuellement ou collectivement pour produire leur électricité et s’engager dans la voie la sobriété.


Enfin et surtout, leur avis n’a jamais été demandé aux Français sur le souhait en termes de mix énergétique. Alors que de nombreux pays européens ont eu recours au référendum, cette solution a toujours été repoussée en France au motif que le sujet était trop complexe c’est-à-dire que les Français étaient plus stupides que les Italiens ou les Suédois pour se prononcer sur le sujet. Or, une étude récente a confirmé qu’une large majorité de nos concitoyens était favorable à réduire la part du nucléaire (62%) et que seulement 16 % d’entre eux étaient favorables à la construction de nouveaux réacteurs. Or, c’est là évidemment le sujet majeur. Personne de sensé ne peut proposer une sortie immédiate du nucléaire. En revanche, une sortie à terme est tout à fait possible et du reste l’Ademe elle-même produire scénario qui respecte nos obligations internationales pour 2050 sans nucléaire.


Espérons que la campagne présidentielle permettra d’avoir un réel débat honnête sur le sujet. Ce serait une première ! Corinne LEPAGE

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