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  • Corinne LEPAGE

La raison, au fondement de l’écologie et de la République

La Raison est fréquemment invoquée par les défenseurs des Lumières et de la République. Mais, elle est aussi - mais c’est beaucoup moins souligné - au fondement de l’écologie.


Le bien commun, autre manière de parler de la res publica, est une valeur qui doit être partagée. Elle doit en effet reposer sur des connaissances scientifiques au sens le plus large du terme, incluant à la fois sciences dures et sciences humaines. Or aujourd’hui, force est de constater que, pour des raisons multiples, ce partage de connaissances acceptées est en péril sous les coups combinés de deux séries de forces très différentes.

La première, qualifiée de manière parfois un peu facile de complotisme, remet en cause des connaissances scientifiques au motif qu’elles sont biaisées, fausses et invoquées au bénéfice de forces obscures qui se partagent le monde. L’extrême droite comme l’extrême gauche ont une certaine habitude de cette description du monde qui renvoie souvent, selon les cas, au bouc émissaire traditionnel, lecomplot juif ou Judéo maçonique. A L’appui de ces thèses circulent des informations, voire des éléments scientifiques qualifiés de fake news par les médias et l’immense partie du monde scientifique. Il serait donc très facile de disqualifier dans leur ensemble ces fausses informations si l’Histoire ne révélait pas, dans quelques cas, le bien-fondé de la critique voire la question soulevée. Par exemple, début 2020, a été qualifiée de complotiste la thèse d’une fuite de laboratoire à l’origine de la covid 19. Or en septembre 2021, l’OMS elle-même l’intégrait dans les hypothèses de travail, au même titre que l’origine naturelle. Cela ne signifie évidemment pas que toutes les fariboles qui peuvent circuler sur les réseaux sociaux seront un jour vérifiées. Cela signifie simplement que les à peu près, les affirmations péremptoires lorsque règne l’incertitude, voire des vérités très approximatives présentent un véritable danger en mettant en péril la raison. Celle-ci, qui renvoie la science mais pas seulement, impose en effet de coller à la réalité en laissant apparaître les incertitudes, les connaissances à approfondir, les expérimentations à réaliser. A fortiori, continuer à soutenir une thèse qui a été largement remise en cause pour ne pas se dédire, n’est pas conforme à la raison.

La seconde force qui sombre dans l’irrationalité est précisément celle qui, venue prétendument de la science, soutient des thèses contredites par l’état des connaissances partagées. Dans son ouvrage intitulé les gardiens de la raison, Stéphane Foucart détaille la manière dont le scientisme plonge dans l’irrationalité, guidé par des intérêts économiques extrêmement précis ; Le meilleur exemple est la bataille menée contre la thèse du dérèglement climatique à laquelle des scientifiques de renom, commencée par Claude Allègre en France, ont largement participé. Jusqu’à récemment, et contre toutes les évidences scientifiques mises en exergue notamment par le GIEC, les derniers défenseurs des intérêts fossiles continuaient à mettre en cause l’origine anthropique du réchauffement climatique et son ampleur. C’est irrationnel. De même, alors que les études sur les effets délétères des pesticides s’accumulent, que les décisions de justice reconnaissant le lien de causalité entre certains produits et les cancers se multiplient, que les rapports internationaux et communautaires sur la biodiversité insistent sur le caractère catastrophique de ces produits sur la biodiversité, les autorisations demeurent. C’est irrationnel en ce que la raison ne peut pas expliquer que des pouvoirs publics, dont le but premier est d’assurer la sécurité et les conditions de vie de leur population, se comportent comme si les données scientifiques n’existaient pas.

Enfin, à l’heure où s’ouvre la conférence de l’UICN à Marseille et où la situation catastrophique de la biodiversité est clairement prouvée, où les liens entre la détérioration de la biodiversité les pandémies et le climat sont avérés, la faiblesse de la réponse politique n’est pas rationnelle.


Dans ce cadre, et contrairement à ce qu’un certain nombre de lobbys a essayé de soutenir depuis des décennies, les principes de prévention et de précautions sont des principes parfaitement rationnels. Personne n’a jamais prétendu que la prudence était irrationnelle ; prudence et prévention sont des frères siamois. Quant à la précaution, elle renvoie précisément à la science pour que les bonnes questions, même contradictoires, puissent être posées, en temps et en heure, lorsque les catastrophes peuvent encore être évitées. Le combat contre ces deux principes est donc un combat irrationnel.

Oui, la raison doit être au cœur de nos débats et de nos choix parce qu’elle doit reposer sur un diagnostic partagé qui est à la base de la confiance. Ce diagnostic partagé ouvre le débat et par voie de conséquence admet la critique et la recherche en commun de la vérité. L’histoire nous apprend que le progrès des connaissances fait évoluer la vérité scientifique. Refuser cet aspect constructif et contradictoire de la science est l’antithèse de la raison comme l’est l’opinion érigée en vérité. Ne jamais oublier que le contraire de la vérité n’est pas l’erreur mais le mensonge.

Ce principe fondamental doit être rappelé sans relâche, aussi bien pour lutter contre les vrais complotistes et ceux qui manipulent sciemment la science. Notre seul intérêt est de cesser des combats mortifères pour le vivant dans son ensemble donc pour les sociétés humaines. Corinne LEPAGE











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