Rechercher
  • Corinne LEPAGE

République et radicalité

L’état de tension dans lequel se trouve notre société et le plaisir malsain et toxique que trouvent certains à attiser les tensions pour leur propre compte et ce qu’ils croient être leurs propres intérêts se traduit de manière très visible sur l’échiquier politique.


Même en mettant de côté l’attrait des médias pour le « phénomène » Zemmour dont la montée en puissance paraît sans doute une bonne affaire pour certaines écuries politiques, force est de constater que dans les intentions de vote- avec bien sûr toutes les précautions d’usage s’agissant de l’absence totale de fiabilité des sondages au cours des derniers mois- 40 % de nos concitoyens sont prêts à voter pour des extrémistes Le Pen, Zemmour et Mélenchon. Comme par hasard, les prises de position anti républicaines, sur des sujets variés, des uns et des autres ne manquent pas. On pourrait rajouter au bloc de ces néo- radicaux Sandrine Rousseau dont le charme et la pensée très bien construite occultent les prises de position en faveur des thèses décolonialistes, racialistes et en faveur de l’intersectionnalité.


Pour autant, peut-on considérer que tant de nos concitoyens adhèrent à des thèses anti républicaines ? C’est toute la question. Pour certains d’entre eux, c’est évident. La tradition Maurassienne qui trouve sa source dans les philosophes de la réaction à la Révolution française n’a jamais admis la légitimité de la République. Et, la défense pathétique de Philippe Pétain par Zemmour et par là-même de l’État français dans lequel la République française n’a jamais voulu se reconnaître, en atteste.


Pour d’autres, ont-ils seulement conscience qu’en remettant en cause l’universalisme, ils sapent l’égalité républicaine. Il n’est évidemment pas question de nier la réalité des discriminations, la croissance des inégalités, l’inégalité des chances. Pour autant s’attaquer à ces fléaux ne signifie pas et ne peut pas signifier scier les branches sur lesquelles ces luttes s’appuient. Tous ne sont évidemment pas anti-républicains.


Quant à la question de la radicalité, elle ne peut pas et ne doit pas être le monopole des extrêmes. La gravité de la situation, qu’il s’agisse du péril climatique ou de la remise en cause des bases républicaines impose autre chose que du déni, des solutions niaises et/ou bisounours, des événements de menton ou des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Le succès des néo-radicaux, quels qu’ils soient, trouve sa source précisément dans le simplisme face à la complexité du monde, dans la clarté du propos qui va jusqu’à la caricature, dans le recours éculé à la technique du bouc émissaire qui permet la victimisation, sans oublier l’outrance et la provocation.


Cela ne signifie pas une certaine forme de radicalité n’est pas indispensable pour la défense de l’écologie républicaine. Le message est simple et essaie de n’être pas simpliste ; il est rigoureux parce que la gravité de la situation ne permet pas les petits arrangements et les atermoiements. Le combat doit être sans relâche pour défendre le vivant comme la République et aucune concession ne peut être faite. En revanche, le combat ne peut être gagné qu’ en convainquant le plus grand nombre non pas par ce qu’on appelle de manière quelque peu méprisante la pédagogie si nos concitoyens étaient des enfants auxquels il fallait faire l’ école mais par le partage des connaissances, le partage d’informations vérifiées, le retour au droit de nommer les choses, au débat digne et respectueux de l’adversaire comme du public, à la recherche du bien commun.


L’enjeu, c’est la définition d’une nouvelle priorité qui transcende les autres, celle du risque climatique auquel il faut joindre le risque biodiversité et le risque santé, priorité qualifiée par la présidente de la commission européenne de loi des lois. Mais c’est tout autant une approche républicaine de la mise en œuvre de cette priorité fondée sur le triptyque républicain auquel il faut ajouter la laïcité, cette primauté appelle à la fois un retour sur nos racines, notre histoire est donc notre génie propre et à la fois une conception très innovante de la gouvernance, de la place du citoyen dans les choix et dans leur mise en œuvre qui est très éloignée de la dérive technocratique, autoritaire et élitiste dans laquelle nous vivons. Corinne LEPAGE





127 vues1 commentaire

Posts récents

Voir tout